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Carnets secrets. Episode 6

10 avril 2014 - 08:55

Plus dure sera la chute

PLUS DURE SERA LA CHUTE

 

L’anecdote qui suit cultive le paradoxe…

Nous l’avons vécue lors d’un week-end de l’Ascension durant lequel nous fut faite la démonstration que l’attraction terrestre s’avérait plus tangible qu’une hypothétique Ascension, fût-elle mystique…

Durant les années 80, le CCMB prenait sa bouffée d’oxygène à la même période à Saint Lary-Soulan, dans les Hautes Pyrénées.

C’était notre traditionnel jumelage avec le club cycliste de Cenon dont nous retrouvions les membres au sein d’un centre de vacances situé au pied du redoutable Pla d’Adet.

Le programme était immuable. Vélo le matin, balades l’après-midi et soirées conviviales et arrosées dans le spacieux réfectoire de l’établissement.

Au menu de ces soirées, commentaires de l’activité cycliste du jour avec force détails sur la puissance musculaire des uns, le braquet des autres, sans oublier les histoires « border line » de l’ami Moluche à même de faire rire les pisse-froids les plus hermétiques…

L’intendance, pas véritablement  spartiate, n’était pas non plus tout à fait celle du Club Med... Mais nous y étions  « beunèze » !

Au niveau de la literie, c’était ambiance internat, avec lits superposés au sein de dortoirs à l’intérieur desquels nous logions à 6 ou 8.

Nul n’ignore qu’une zone sismique existe dans les Hautes Pyrénées, et il arrive parfois que de brèves secousses confirment qu’en des temps plus reculés l’irruption des montagnes ne s’est pas faite sous la seule opération du Saint Esprit.

Ainsi, une nuit, dans le silence le plus absolu, nous fûmes réveillés par un barouf épouvantable… magnitude 8 sur l’échelle de Richter… ! J

S’agissait-il d’un nouveau tremblement de terre… ?

Allions nous devoir organiser prestement l’évacuation des lieux… ?

Nous étions véritablement inquiets… jusqu’au moment où une voix féminine que nous connaissions tous s’exprime :

«  Guilliorit, tu nous fait chier… tu réveilles tout le monde  avec tes conneries… ! »

Et une seconde voix plus timide :

«  Paulette… je suis tombé du lit.. Je crois que me suis démis l’épaule… »

Et la tendre épouse de rétorquer :

«  c’est bien fait pour ta gueule, t’avais qu’à faire attention. T’es qu’un con… ! »

Point de tremblement de terre cette nuit là, mais la chute massive de votre président Nono du haut de son perchoir, emportant avec lui l’ensemble de la structure métallique qui tenait l’ensemble…                                                                                          

Peu d’entre vous connaissent l’ex-épouse de Nono, mais il faut bien admettre qu’elle n’était pas l’archétype même des épouses dociles, amoureuses et bienveillantes, et appelait son mari plus souvent par son nom que par son prénom. Guilliorit par ci, Guilliorit par là… 

Terriblement secoué, Nono n’a pu monter les jours suivants sur son vélo, et a du se résigner à rester avec les épouses… dont la sienne qui pestait de l’avoir sur le dos toute la journée…

En quelques secondes, Nono venait de transformer son week-end de l’Ascension en week-end de la dégringolade…

Mais la mésaventure ne s’arrête pas.

Le lendemain, alors que nous escaladions le col d’Aspin à la fraîche, nos accompagnateurs nous attendaient au sommet, profitant du soleil montagnard, de l’odeur boisée des conifères, et du paysage bucolique que peut offrir le sommet d’un col un matin du mois de mai…

Lorsque je parvins au sommet, avec une courte avance sur un bordelais ( dont un de mes équipiers avait tiré le maillot dans les derniers mètres pour le ralentir ), mon regard se porta sur la vision dramatique d’un Nono plié en deux…

J’imaginais instantanément que sa chute de la nuit avait eu des conséquences que nous ne soupçonnions pas, et avec inquiétude je me suis approché de lui…

Il avait le souffle court de l’homme en dette de respiration… pourtant il n’avait pas gravi le col en vélo…

Avant même qu’il ne reprenne son souffle pour répondre à mon interrogation, Paulette ( encore elle ! ) m’interpella vertement :

«  Il  s’est approché trop près d’un âne qui lui a mis un coup de sabot dans les couilles… ! »

La première épouse de Nono était une gentille fille qui avait son franc parlé…

Nono, extrêmement digne dans la douleur, était blanc comme un linge… et la majorité d’entre nous avait le visage écarlate… Mais nul ne savait s’il était la conséquence de l’escalade rapide du col d’Aspin ou du spectacle dramatique mais pagnolesque de la souffrance du président…

Cette histoire, comme les précédentes que je vous ai racontées, est rigoureusement authentique. Les plus anciens, Moluche, Michel, et même Nono, peuvent en témoigner.

Le CCMB est un club hors norme chargé d’histoire… La prochaine pourrait bien rappeler quelques souvenirs au pilote de la voiture suiveuse du dimanche matin… mais ça, c’est une autre histoire…

Thierry

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